30 janvier 2015

Bye-bye abonné, bonjour spectateur à la pièce!

Le Périscope est-il en train de donner un signal que l'abonnement au théâtre n'est plus une formule qui fonctionne? Retour sur un changement profond de mentalité au Périscope.

Par Robert Boisclair


Avec son tarif unique pour la saison 2015-2016, 22$ en prévente et 35$ en cours de représentation, le Périscope fait une croix sur l'abonnement. Fini l'abonnement aux multiples formules. Tous sur un même pied d'égalité. Jeunes, aînés, étudiants ou amateurs des matinées du samedi profiteront d'un seul et même tarif. Le Périscope ose même en réduisant son plein tarif à 35$ alors que celui de la saison 2014-2015 est à 36$.

Le théâtre de la rue Crémazie tire donc un trait sur l'abonnement qui est le fond de commerce des théâtres depuis des lunes. Il est vrai que les abonnements sont en chute libre depuis quelques années à Québec et au Québec. Mais est-ce une raison pour jeter l'éponge et prendre le risque d'avoir un public plus volatile qui ne viendra que si, et seulement si, le synopsis l'attire ou, encore que la rumeur en cours de représentations est suffisamment positive et forte pour justifier l'achat d'un billet à 35$ plutôt qu'à 22$ en prévente?

Le Périscope fait sans doute le pari que le spectateur sera suffisamment curieux pour se lancer à un tarif réduit. Après tout, c'est une forme d'abonnement aussi. Profiter d'un rabais de 13$ pour s'offrir un lot de spectacles à la carte. J'aime bien le premier, le deuxième et le sixième spectacle de la saison. J'achète donc mes billets à 22$. Pour les autres, je verrai bien si la rumeur est bonne pour que je m'y rende. C'est un fort risque. Mais comme l'abonnement est en chute libre et que les achats se font à la dernière minute, mieux vaut suivre la tendance et espérer que la programmation sera de grande qualité pour attirer la meute. Un pari audacieux. Qui pourrait payer. Sur le long terme. Tout dépendra de la qualité de la programmation. Une mauvaise programmation et l'achalandage diminuera créant une pression sur les finances du théâtre.

Est-ce le début de la fin pour l'abonnement et le début d'une nouvelle ère pour l'amateur de théâtre?Une chose est sûre si cette formule à la carte fait des petits, le spectateur sera roi et il aura l'immense privilège de choisir la pièce qu'il veut voir à un prix unique sans s'obliger à voir une série de pièces qui ne lui disent rien ou qui ne lui plaisent pas. Il sera le roi de la salle et aura droit de vie et mort sur les théâtres de Québec. Les directeurs artistiques devront être vigilants et, surtout, à l'écoute du public de Québec. Surveillons les autres théâtres pour voir si la formule fera de nouveaux adeptes.

Bon théâtre et bonne danse !

28 janvier 2015

St-Agapit 1920: fugacité d'impresions

Premier acte présente jusqu'au 7 février une production où la fugacité et le temps qui passe s'étirent doucement dans une production aux accents dansés et théâtraux.

Une critique de Robert Boisclair


Hommage à Jeanne-Darc Normand, grand-mère du metteur en scène Olivier Normand, le spectacle débute par la lecture d'une lettre que le metteur en scène aurait aimé lire à sa grand-mère. Moment fort touchant du spectacle. Il cache la lettre dans le décor dans l'espoir qu'elle trouve la lettre. Il l'accompagne d'une photo de la jeune Jeanne-D'arc.

Flashback en 1920, du moins on le suppose. Jeanne-D'arc retrouve ses deux amis de l'époque. S'enchaîne alors, une série de vignettes. Moments fugaces du quotidien de jeunes filles discrètes. Retour à notre époque. Jeanne-D'arc qui n'a plus toute sa tête est en résidence. Bientôt le dernier départ pour Jeanne-D'arc et le dénouement du spectacle.

Merveilleux hommage
Il s'agit d'un bel hommage à la grand-mère d'Olivier Normand mais également à tous nos ancêtres qui par la force de leur caractère, leur travail acharné ont fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui. Ils ont bâti, forgé un univers rempli de petits bonheurs quotidiens, de petites joies en agréable compagnie. Tout au long du spectacle, j'ai pensé à Laura, ma propre grand-mère. C'est une des qualités de ce spectacle. Raviver le souvenir de nos ancêtres, de ceux qui ont compté pour nous.

Ce spectacle caresse les plus petits détails de la vie discrète et simple de Jeanne-D'arc. Cet arrêt sur les plus petits détails est enveloppé d'une douce musique. L'enchainement des vignettes se fait naturellement malgré l'absence de liens évident entre celles-ci, si ce n'est qu'ils composent de paisibles moments de la vie de ces jeunes filles. Tout se fait en silence. Ou presque. La vie toute simple. Sans artifice. Plusieurs moments proposent une belle poésie. Dans le geste. De par son ambiance feutrée. Doucereuse. Grâce à ses doux moments dansés.

Danse ou théâtre?
Avec deux danseuses et une comédienne dans un même spectacle, la question se pose. Cette comédienne qui se prend pour une danseuse et ces danseuses qui se prennent pour des comédiennes se débrouillent fort bien dans ce spectacle hybride. Danse ou théâtre? Ni l'un, ni l'autre. Un spectacle tout en mouvements. En gestes doucement posés.

Les plus beaux moments sont ceux qui sont dansés. Poétiques. Empreints d'amour et de douceur. La danse a cette capacité merveilleuse de faire passer une émotion instantanément dans un simple geste. Un mouvement. Instants de pur bonheur.

Fugacité d'impressions
Un spectacle composé d'impressions fugaces. Qui passent vite. Comme le temps qui passe et qui nous rattrape sans qu'on n'y prenne gare. Olivier Normand se questionnait sur le temps qui passe. C'est ce que le spectacle propose. Une incursion dans le temps qui fuit. Qui nous glisse entre les doigts. On a vingt ans et déjà c'est le début de la fin. Le temps nous rattrapera et nous amènera au bout de la route.

N'oublions pas les doux moments qui nous habitent à chaque heure de la journée car au crépuscule de la vie, ce sont ceux-là dont nous nous souviendrons et que nous chérirons. C'est le message que véhicule ce spectacle. Un message d'espoir. À saisir sans retenue.

Douce pause
Ce spectacle est une douce pause dans notre monde individualiste et qui roule à vitesse grand V. À voir pour sa poésie, pour sa douceur et pour le beau coup de chapeau offert à nos grand-mères et grand-pères. Je pense à toi Laura. Je t'aime.

En représentation à Premier acte jusqu'au 7 février. Avec Olivier Normand, Claudiane Ruelland, Mélanie Therrien et Ariane Voineau. Une mise en scène et une idéation d'Olivier Normand.

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant notre interview avec Olivier Normand et Mélanie Therrien (au tout début de l'émission du 19 janvier).

Bon théâtre et bonne danse !

26 janvier 2015

Vieille petite fille, fourberies et panel théâtral!

Théâtre jeune public et pour adultes se côtoient pour une heure divertissante en compagnie de toute l'équipe des Enfants du paradis, ce soir dès 17h 30.

Par Robert Boisclair


Premier bloc - 17h 30

Le plus court chemin entre l'école et la maison
Crédit photo: Laurence Labat

La co-metteure en scène et comédienne Jacinthe Potvin du spectacle jeune public Le plus court chemin entre l'école et la maison sera avec nous en conversation téléphonique pour nous en parler.

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Le plus court chemin entre l'école et la maison
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Le plus court chemine entre l'école et la maison
Les Gros Becs
Du 4 au 8 février


Deuxième bloc - vers 17h 50

Les Fourberies de Scapin
Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Marc Proulx se joindra à moi pour nous donner son appréciation du spectacle Les Fourberies de Scapin que présente la Bordée jusqu'au 14 février.

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Extraits et commentaires de l'équipe des Fourberies de Scapin
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Les Fourberies de Scapin
La Bordée
Jusqu'au 14 février


Troisième bloc - vers 18h 10

Dans la République du bonheur
Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Notre troisième bloc sera notre premier Panel théâtre de la saison hiver et printemps 2015. Émilie Rioux, David Lefebvre et Marc Proulx nous parleront de leur spectacle favori de janvier. Au menu: Méphisto Méliès, Dans la République du bonheur et Les Fourberies de Scapin. En prime, un petit tour d'horizon des spectacles jeune public à venir cet hiver/printemps.

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« Regarde! Je l'ai observé maintes fois à l'usine de mon père.
Si j'arrive à lui donner un mouvement similaire à celui de la machine à coudre,
nous pourrons filmer et projeter les images! »
Le personnage de Méliès dans Méphisto Méliès
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Bon théâtre et bonne danse !

24 janvier 2015

Idiom + Ruminant Ruminant: inspirant doublé!

Un merveilleux doublé dansé s'offre à vous pour un soir encore. Courez voir ça!

Une critique de Robert Boisclair

L'univers feutré et sensible d'Idiom côtoie celui éclaté et ludique de Ruminant Ruminant.
Crédit photo: John McLean et Karine Patry

Pour son premier spectacle de la saison hiver/printemps, La Rotonde en propose deux dans le même programme. Un doublé, deux univers, deux mondes à la fois si différents mais tellement séduisants. Chacun à leur manière. L'univers feutré et sensible d'Idiom côtoie celui éclaté et ludique de Ruminant Ruminant.

Idiom + Ruminant Ruminant séduira même le plus difficile des spectateurs. Sorte de mini-saison de par les approches tellement diversifiés des deux duos de chorégraphes danseurs. Tiens, une constante ici... deux spectacles, deux danseurs, deux chorégraphes et, pourquoi pas, deux merveilleux univers à découvrir.

Ces deux spectacles sont aussi une belle étude sur le mouvement, le geste (Idiom) et la parole, la dichotomie, les oppositions et l'incohérence (Ruminant Ruminant) mais ce n'est pas cela qui est important, c'est la beauté de ces deux merveilleux spectacles que vous avez intérêt à découvrir. Voici pourquoi!

Idiom: sensible appel à l'autre

Elle entre. Il entre. Elle lance un appel. En silence. De la main. Il répond à son appel. La rejoint. Le rencontre de deux êtres. Elle est blanche. Il est noir. Elle, d'Amérique. Lui, d'Afrique. Deux mondes. Deux univers. C'est parti pour une rencontre en douceur, sensible, touchante.

Un magnifique moment de douceur enveloppante
qui séduira l'amateur de danse, l'aficionado comme le néophyte.
Crédit photo: Omer Yukseker

Idiom, c'est la rencontre de deux univers chorégraphique sur une scène presque entièrement dénudée. Que quelques projecteurs et de petits caissons où les deux interprètent chorégraphes s'arrêteront un moment pendant le spectacle.

Drapés dans une lumière ombragée qui sied à merveille à cette rencontre, les danseurs se lancent d'abord des appels du pied, s'imitent lentement, s'apprivoisent, se découvrent dans leurs différences mais, surtout, dans leurs ressemblances. Le mouvement y est magnifié, décortiqué, exploré. Des départs et des retours qui célèbrent les multiples similitudes de la rencontre aussi opposée puisse-t-elle sembler. Une fort belle et agréable rencontre.

Échange, imitation, accueil, de l'autre, de la différence, sensibilité. Un magnifique moment de douceur enveloppante qui séduira l'amateur de danse, l'aficionado comme le néophyte.

Ruminant Ruminant: merveilleusement ludique

Quel étrange objet que ce Ruminant Ruminant que nous offre Brice Noeser et sa (folle?) complice Karina Iraola. Le spectacle n'a pas encore débuté que le ludisme fait son apparition. C'est l'entracte. On nous demande de rester pour un petit cinq minutes de changement. Les techniciens effectuent le changement de décor devant nos yeux qui se questionnent. Pas question de jaser avec sa partenaire.

Deux petits ruminants sont installés au devant de la scène. Les danseurs discutent près des spectateurs. Ils installent des panneaux de carton-pâte et tripotent un ordinateur comme si nous n'y étions pas. Puis, sans avertissement, ils se mettent à danser étrangement au son d'un flamenco endiablé. C'est parti pour un spectacle sans nul autre pareil. Bel ovni ludique, éclaté, rempli de magnifiques juxtapositions inattendues et de changements à vue. Rien n'est caché, tout est dévoilé. Une drôle de création qui amène le spectateur dans un univers ludique bourré d'humour. Vous ne verrez plus Brice Noeser et Karina Iraola de la même façon.

Puis, sans avertissement, ils se mettent à danser étrangement
au son d'un flamenco endiablé.
Crédit photo: Frédéric Chais

La danse se pointe le nez dans ce spectacle presque par accident. Ils s'éclatent autant dans la parole que dans le mouvement et la folie. Est-ce de la danse ou du théâtre? Mais qu'est-ce qu'on s'en fout! C'est tellement un beau moment qu'on ne souhaite que découvrir la prochaine vignette, la prochaine rupture de temps et de mouvement, la prochaine belle folie de ce duo, la prochaine dichotomie.

Et puis, le spectateur, certains du moins, pourrait bien s'éclater avec eux. À quelques reprises des noms sont appelés pour participer, plutôt voir de près, les moments de folies de ces deux comparses.

Merveilleuse folie, ludisme, fragments de bonheur, bel humour, du théâtre et... de la danse. Un beau moment ludique qui, lui aussi, séduira l'amateur passionné comme celui qui en sera à son premier spectacle de danse.

Ce que la danse contemporaine à de meilleur à offrir

Un programme double à ne pas manquer. Offrez-vous ce que la danse contemporaine a de meilleur à offrir. Quelle belle façon de découvrir et d'aimer la danse contemporaine! C'est déjà (presque!) fini. La prochaine et dernière rencontre c'est ce soir. Ne manquez pas ça!

Un dernier mot, cette fois pour les gens de La Rotonde, une petite prolongation ça vous dirait?

Une présentation de La Rotonde à la Salle Multi de Méduse pour une dernière fois ce soir. Avec les chorégraphes danseurs Bienvenue Bazié et Jennifer Dallas (Idiom), Brice Noeser et Kariana Iraloa (Ruminant Ruminant).

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant nos interviews avec Brice Noeser (au tout début de l'émission du 12 janvier) et Bienvenue Bazié (vers la dixième minute de l'émission du 12 janvier).

Bon théâtre et bonne danse !

23 janvier 2015

Les Fourberies de Scapin: joyeux branle-bas de combat!

Que vous aimiez Molière ou pas, vous vous devez de voir cette superbe production aux allures de bandes dessinées. Un belle soirée en perspective!

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Branle-bas de combat dans les ruelles napolitaines! Le jeune Octave a épousé en secret la belle Hyacinthe pendant l'absence de son père, mais voilà que son père a décidé de le marié à une inconnue. Quant à Léandre, un ami d'Octave, il s'est épris de Zerbinette, une jeune Égyptienne mais son père en a lui aussi décidé autrement. Que vont bien pouvoir faire ces deux jeunes hommes sans le sou contre la puissance et l'autorité de leurs barbons de pères? Scapin est la solution bien sûr. Joueur, beau parleur et fourbe, il usera de ses mille et un tours pour retourner la situation à l'avantage de ces jeunes inconscients!

Des jeunes gens qui pleurnichent comme des gamins au constat de leurs bêtises, des pères caractériels qui se drapent avec ridicule dans l'autorité parentale et deviennent de véritables caricatures d'eux-mêmes et un ingénieux valet aux fourbes intentions, la table est mise pour un joyeux branle-bas de combat aux allures de bandes dessinées.

Esprit bandes dessinées

Jacques Leblanc et la joyeuse équipée des Fourberies de Scapin offre un spectacle bourrée d'entrain, de joie de vivre et aux allures de bandes dessinées. Si le départ est un peu lent, la mise en situation bien que souriante prend quelques temps à amener le spectateur dans cette drôlissime comédie, le reste du spectacle n'est pas piqué des vers. Tout est souligné à gros traits dans le plus pur style moliéresque.

D'entrée de jeu, Leblanc invite le spectateur à découvrir les protagonistes en compagnie d'un très jeune Scapin (Émile Bergeron dans la version vue). Belle idée que ce double de Scapin en version enfantine car après tout le Scapin adulte continue à jouer des tours pendables à tous et chacun. Son petit côté enfantin, quoi! Ses quelques répliques sont forts justes. Petit bémol, sa présence constante sur scène questionne. Bien qu'à quelques reprises, le jeune Scapin copie les gestes du Scapin adulte, joli clin d'oeil, il n'est qu'une présence accessoire pour la grande majorité des scènes.

Jacques Leblanc a su magnifier le texte de Molière en lui ajoutant une touche d'intemporalité et de bandes dessinées. Une intemporalité qui est en train de devenir la marque de commerce de Leblanc lorsqu'il monte des classiques. Et, ma foi, il le réussit merveilleusement bien. Cette fois, l'intemporalité est soulignée, dans des costumes un peu surréaliste. Les costumes grotesques, avec une touche italienne dans les motifs, et une scène quasi-dénudée, à l'exception d'une immense tour composée de meubles divers et qui est, selon les dires mêmes de Jacques Leblanc, une reproduction de l'esprit tortueux et fourbes de Scapin, composent le fond de scène qui servira les desseins de Scapin.

Les costumes sont adaptés à l'âge des personnages. Ceux des jeunes et fougueux personnages sont plus près de notre époque alors que ceux des parents grincheux et barbons révèlent des détails tirés de l'époque de Molière: perruques, pourpoints, etc.

L'esprit bandes dessinées se révèlent dans les costumes, dans le jeu très visuel et complètement surréaliste et dans l'étirement de ficelles tellement grosses qu'elles deviennent de véritables bandes dessinées en mouvement.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Bêtes de scène

Jacques Leblanc a dirigé sa distribution de main de maître. Pas de faux-pas. Des comédiens au rythme précis, précision essentielle à cette comédie aux fils gros comme des câbles. Si l'histoire est prévisible, même pour le plus crédule des spectateurs, tout est dans le jeu des comédiens. Et quel jeu!

Christian Michaud incarne un Scapin détaché et désinvolte avec toute la finesse de jeu nécessaire au personnage. La scène des coups de bâtons, en compagnie du Géronte de Jack Robitaille, est absolument merveilleuse. Réglée au quart de tour, elle est une des plus drôles qu'il m'ait été donné de voir.

Marianne Marceau est d'une drôlerie communicative dans la scène absolument délirante de la révélation du mensonge à l'égard de Géronte, qu'elle raconte à Géronte lui-même sans le savoir. Le duo qu'elle forme avec Jack Robitaille, qui interprète un Géronte complètement éberlué, le mot est faible, et au bord de l'apoplexie, est formidable. Drôle du début à la fin. Finement interprété par les deux comédiens. On en redemande.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Parmi les autres performances qui se démarquent mentionnons, Jack Robitaille, dans les deux scènes précédemment mentionnées mais également pour l'ensemble de sa performance qui sied parfaitement aux allures de bandes dessinées de la production. Celles de Jonathan Gagnon, d'un naturel comique désarmant qui fait mouche à tous coups et de Hugues Frenette dans le rôle d'Argante. Le reste de la distribution n'est pas en reste avec des performances bien campées.

Un désir secret?

À voir pour l'humour universel de Molière qui divertit même le plus pince-sans-rire des spectateurs. Mais également pour une production de haut niveau qui offre un joyeux branle-bas de combat qui a un effet bénéfique certain auprès de tous les spectateurs. Avez-vous le désir secret de quitter la salle avec un large sourire?

En représentation à la Bordée jusqu'au 14 février. Un texte de Molière. Avec Émile Bergeron (en alternance avec Élie Giasson-Fragasso), Chantal Dupuis, Hugues Frenette, Jonathan Gagnon, Élie Giasson-Fragasso (en alternance avec Émile Bergeron), Pierre-Olivier Grondin, Marianne Marceau, Christian Michaud, Jack Robitaille et Ghislaine Vincent. Une mise en scène Jacques Leblanc.

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant notre interview avec Jacques Leblanc et Christian Michaud (vers la vingtième minute de l'émission du 12 janvier) ainsi que notre Trois questions à... Christian Michaud.

Bon théâtre et bonne danse !

19 janvier 2015

Fuite temporelle, double identité et quête du bonheur!

Venez passer une heure en notre compagnie pour découvrir trois spectacles aux horizons forts différents. La quête sera triple: identitaire, temporelle et celle du bonheur.

Par Robert Boisclair


Premier bloc - 17h 30

St-Agapit 1920

L'idéateur et metteur en scène Olivier Normand sera du premier bloc de l'émission pour nous parler de St-Agapit 1920. Une pièce qui allie danse et théâtre et qui s'intéresse au temps qui fuit et de nos tentatives pour le fixer. 

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Bande annonce de St-Agapit 1920
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St-Agapit 1920
Premier acte
Du 27 janvier au 7 février


Deuxième bloc - vers 17h 50

L'Importance d'être constant
Crédit photo: Yves Renaud

Anne-Élizabeth Bossé sera en conversation téléphonique pour nous parler de L'Importance d'être constant, comédie d'Oscar Wilde sur la double identité.

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JACK
« Vous savez que je vous aime et vous m'avez conduit à croire,
Miss Fairfax, que vous ne m'étiez pas tout à fait indifférente. »

GWENDOLEN
« Je vous adore.
Mais vous ne m'avez pas encore fait de déclaration officielle.
Il n'a pas du tout été question de mariage.
Le sujet n'a même pas été abordé. »

JACK
« Eh bien... puis-je vous demander votre main maintenant? »

GWENDOLEN
« Je crois que le moment est admirablement choisi.
Et pour vous épargner toute déception,
je crois juste de vous dire dès maintenant en toute franchise
que je suis tout à fait décidée à vous dire oui. »

JACK
« Gwendolen ! »

GWENDOLEN
« Oui, M. Worthing, qu'avez-vous à me dire? »

JACK
« Vous savez parfaitement ce que j'ai à vous dire. »

GWENDOLEN
« Oui, mais vous ne le dites pas. »

JACK
« Gwendolen, voulez-vous m'épouser? »

GWENDOLEN
« Bien sûr, mon chéri. Vous en avez mis du temps !
Je crains bien que vous ayez bien peu d'expérience
dans l'art des demandes en mariage. »
L'Importance d'être constant
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L'Importance d'être constant
Salle Albert-Rousseau
2 février


Troisième bloc - vers 18h 10

Dans la République du bonheur
Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Notre troisième bloc sera notre premier Cercle des critiques de la saison hiver et printemps 2015. Émilie Rioux et Marc Proulx nous parleront du spectacle Dans la République du bonheur qui vient de prendre l'affiche au Trident et qui s'intéresse à la quête du bonheur dans notre société moderne.

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« Ce n’est pas moi qui vous parle en ce moment, c’est Madeleine.
Elle vous hait. Elle trouve chacun de vous, à sa façon, répugnant  »
Oncle Robert, Dans la République du bonheur
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Dans la République du bonheur
Le Trident
Jusqu'au 7 février

Bon théâtre et bonne danse !

18 janvier 2015

Dans la République du bonheur: étrange ovni théâtral!

Quel étrange ovni théâtral que ce Dans la République du bonheur qu'offre le Trident à son public en ouverture de sa deuxième moitié de la saison 14-15. Un spectacle exigeant qui en laissera plusieurs pantois. 

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Dans la République du bonheur, à la sauce Martin Crimp et Christian Lapointe, est un bien étrange ovni. Le mix proposé par le duo est un spectacle à la fois dérangeant et exigeant. Le texte de Crimp est acide, caustique, désespéré et, ma foi, désespérant. Car si le titre parle de bonheur et de démocratie, dont la République en est une des plus belles démonstrations, Crimp s'évertue à proposer son contraire: solitude, malheurs, mensonges, incapacité à être soi-même ou à ne pas se fondre et disparaître dans un groupe, ici la société de consommation qui nous offre un bonheur bien factice, son confort. Crimp et Lapointe offrent un texte et une mise en scène austères et sombres sous des airs de faux bonheur.

Acte 1: Destruction de la famille

La pièce en trois actes démarre lors de la réunion familiale autour du repas de Noël. La famille élargie s'y attroupe. Papa, maman, les deux filles adolescentes, grand-papa et grand-maman déballent les cadeaux et dégustent le repas. Cohésions de façade, rivalités sexuelles des deux soeurs, haines sourdes. Aucune écoute, aucun amour véritable ou si peu. Puis boum! oncle Robert se pointe le nez. Adulé par les deux adolescentes, il pourrait apporter un peu de bonheur à une soirée qui annonce une catastrophe. Que nenni! Il est là pour répandre toute la haine et le dégoût pour sa famille de Madeleine, sa femme restée dans la voiture à l'extérieur. Il a à peine le temps de déverser le fiel de Madeleine que celle-ci se pointe au souper. Le premier acte se termine avec le départ définitif et en chanson du couple pour l'aéroport.

Cette première partie plus « traditionnelle », ce qui est bien relatif avec Crimp et Lapointe, se déroule dans un environnement scénographique de surconsommation terriblement kitsch. Un mélange de tout-inclus avec ses faux palmiers, ses transats et son bar de plage et de costumes inspirés de la comédie Les voisins ou du film La Florida. Le clinquant de la surconsommation s'oppose à la noirceur du texte. Les bonheurs factices aux malheurs cachés mais bien réels de chacun des membres de cette famille déglinguée. C'est d'ailleurs là-dessus que le texte et la mise en scène joueront tout au long de la pièce. L'opposition bonheur/malheur mais aussi acteur/spectateur. L'effet miroir en quelque sorte.

Acte 2: Les cinq libertés essentielles à l'individu

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Rupture de ton. Changement de décor. Capharnaüm de voix. Cinq libertés essentielles: la liberté d’écrire le scénario de sa propre vie, la liberté d’écarter les jambes, la liberté de faire l’expérience d’un horrible trauma, la liberté de tourner la page et de passer à autre chose et la liberté d’avoir l’air bien. Cinq alignements des comédiens avec des répliques aléatoirement distribuées. Chacun des personnages perd son identité et se fond dans la foule. La République de la consommation entraîne une perte d'identité. Les répliques claquent. Ça roule. Ça déboule. Les harangues sont faites face au public en une sorte d'effet miroir qui pourrait amener le spectateur à questionner sa place dans la société.

Ce deuxième acte est plutôt déstabilisant. Les répliques sont parfois crues, répétées, lancées à la volée. L'allocation aléatoire des répliques augmente cet effet déstabilisant et dérangeant. Un moment particulier qui transporte le spectateur dans un tourbillon de mots et d'images et donne l'impression d'être submergé par un flot impossible à endiguer. Un moment exigeant tant pour les comédiens que pour les spectateurs.

Acte 3: Dans la République du bonheur

Robert et Madeleine libérés de la famille se retrouvent seuls. Madeleine domine Robert. En mots. En gestes. Madeleine règne sans partage. République du bonheur ou République du malheur intime? Ici, le dialogue est plutôt abstrait. Les sentiments flous et équivoques. L'ambiance énigmatique. Déstabilisante, certainement.

Le spectacle plutôt froid qu'offre Lapointe, même s'il ne manque pas d'énergie, aurait bénéficié d'un soupçon de parodie ou d'humour afin d'apporter au spectacle légèreté et distance. On ne rit pas beaucoup mais on se questionne. C'est sans aucun doute un des points forts du spectacle. Dans la République du bonheur est une expérience dont le sens se creuse bien après la représentation pour peu qu'on s'en donne la peine.

Dans la République du bonheur est une pièce exigeante, un ovni théâtral au regard acide et plutôt cruel sur la société moderne et notre place dans celle-ci. La forme comme le fond en déstabiliseront plusieurs. Elle ne plaira pas à tous les publics. Certainement pas à celui du Trident.

À voir? Si vous aimez le théâtre qui déstabilise. Si vous voulez découvrir Martin Crimp. Si vous êtes un fan de Christian Lapointe. Si vous voulez découvrir des acteurs qui offrent des performances, ma foi, surprenantes. À vous de décider…

En représentation au Trident jusqu'au 7 février. Un texte de Martin Crimp dans une traduction de Philippe Djian. Avec Normand Bissonnette, Lise Castonguay, Denise Gagnon, David Giguère, Ève Landry, Joanie Lehoux, Roland Lepage et Noémie O'Farrell. Une mise en scène Christian Lapointe.

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant notre interview avec Lise Castonguay et Normand Bissonnette (au tout début de l'émission du 5 janvier).

Bon théâtre et bonne danse !

14 janvier 2015

Méphisto Méliès: magnifiques vues animées!

À la fois hommage et incursion dans l'univers fantastique de George Méliès, créateur, inventeur et artiste des débuts du septième art, Méphisto Méliès est une merveilleuse incursion dans l'univers des vues animées.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Robert Etcheverry

Le spectateur qui pénètre dans la salle du Périscope découvre une scène sobrement peuplée de quelques coffres qui se métamorphoseront au gré de la représentation. Un des nombreux clins d'oeil à l'univers et à l'inventivité de Georges Méliès. La scène est encadrée par l'arche si caractéristique des cinémas d'autrefois. La plongée au coeur du cinéma du début du siècle précédent s'amorce déjà.

Une jeune femme, Elena Kobelkof, excellente Mathilde Addy-Laird, entre et découvre les coffres, vestiges d'un théâtre forain abandonné. Elle les ouvre et découvre un vieux kinétographe. Elle active la machine à vues d'où surgit Méphisto Méliès, le personnage fétiche de George Méliès. L'aventure au coeur de l'univers magique et fantastique de Méliès débute alors.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Découvrir par la magie des marionnettes, du théâtre d'ombre, de transformations d'objets, de projections d'archives sur des draps et de moults autres artifices, l'inventivité de ce George Méliès, premier grand maître des effets spéciaux au cinéma.

L'émerveillement est au rendez-vous à chaque scène. On se plaît à découvrir la prochaine transformation, le prochain clin d'oeil au talent et à l'univers de Méliès. Et ils sont nombreux. Si Méliès était un génie d'inventivité, l'équipe de cette production n'est pas en reste. L'univers de Méliès que les artisans de Méphisto Méliès offre aux spectateurs est un pur délice visuel.

Si l'inventivité est au rendez-vous, l'aventure prend un certain temps à s'animer toutefois. L'énergie de la première partie n'est pas tout à fait celle de la dernière partie. Après un départ un peu lent, l'action prend véritablement son envol après le premier quart du spectacle. À cela, s'ajoute quelques enchaînement qui ralentissent l'action. Rien pour bouder son plaisir toutefois.

Les trois comédiens manipulateurs sont très bons. Soulignons le travail de  Mathilde Addy-Laird, particulièrement dans le rôle des soeurs siamoises, celui de Patrick Ouellet, parfait George Méliès et Louis Trembaly, savoureux Méphisto.

L'équipe technique de la production a fait un travail remarquable. Marionnettes, costumes, musique, éclairages, ombres et vidéo magnifient l'univers imaginé par l'auteur, l'idéateur et les metteurs en scène. Un beau travail de collaboration et un véritable festin pour les yeux.

Méphisto Méliès offre une merveilleuse incursion dans l'univers des vues animées du début du XXe siècle. Une agréable expérience à vivre... avant le 1e février.

En représentation au Périscope jusqu'au 31 janvier. Un texte d'Hélène Ducharme. Avec Mathilde Addy-Laird, Patrick Ouellet et Louis Tremblay. Une mise en scène d'Hélène Ducharme et Pierre Robitaille.

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant notre interview avec Pierre Robitaille et Patrick Ouellet (vers la vingtième minute de l'émission du 5 janvier).

Bon théâtre et bonne danse !

12 janvier 2015

Langage corporel, fourberies et première fois!

Quatre productions aux Enfants du paradis ce soir. Au menu, un mélange intéressant et diversifié de danse et de théâtre. Venez découvrir nos invités ce soir dès 17h 30.

Par Robert Boisclair

Premier bloc - 17h 30

Ruminant Ruminant
Crédit photo: Katrine Patry

Le chorégraphe et danseur Brice Noeser sera en studio pour nous parler de Ruminant Ruminant que présente la rotonde en deuxième partie du programme double de danse Idiom + Ruminant Ruminant. Le spectacle sera à l'affiche de la Salle Multi de Méduse 22, 23 et 24 janvier.

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Courte interview et bref extrait de Ruminant Ruminant
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Idiom + Ruminant Ruminant
La rotonde
22, 23 et 24 janvier


Deuxième bloc - vers 17h 40

Idiom
Crédit photo: John MacLean

Bienvenue Bazié, chorégraphe et danseur du spectacle Idiom, première partie du programme double de la rotonde des 22, 23 et 24 janvier, sera en conversation téléphonique pour nous parler de cette production qui propose une rencontre entre le Canada et le Burkina Faso.

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Extrait du spectacle Idiom
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Idiom + Ruminant Ruminant
La rotonde
22, 23 et 24 janvier


Troisième bloc - vers 17h 50

Les Fourberies de Scapin en répétition

Le comédien Christian Michaud et le metteur en scène Jacques Leblanc occuperont les sièges des invités vers 17h 50 pour nous parler de la comédie Les Fourberies de Scapin de Molière. La pièce sera à l'affiche du 20 janvier au 14 février à la Bordée.

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« Que diable allait-il faire dans cette galère?
Ah maudite galère! Traître de Turc à tous les diables! »
Géronte dans Les Fourberies de Scapin
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Les Fourberies de Scapin
La Bordée
Du 20 janvier au 14 février


Quatrième bloc - vers 18h 10

Ma première fois

Martin Vachon de la production Ma première fois nous parlera de ce spectacle qui connaît un succès partout où il passe. La production fera un arrêt à la Salle Albert-Rousseau à deux occasions. La grande première à Québec sera le 27 janvier. Ma première fois reviendra à Québec le 25 février pour une deuxième représentation.

Ma première fois
Salle Albert-Rousseau
27 janvier et 25 février

Bon théâtre et bonne danse !

11 janvier 2015

Trois questions à... Christian Michaud

Trois questions à... est une série qui permet de découvrir, en trois questions, des spectacles d'artistes et d'artisans du théâtre et de la danse qui aiment leur métier et le pratique au quotidien.

Par Robert Boisclair

Les Fourberies de Scapin en répétition

Christian Michaud est comédien et il interprète le rôle-titre du spectacle Les Fourberies de Scapin que présente la Bordée du 20 janvier au 14 février. Les Enfants du paradis lui posent trois questions au sujet de cette production.

1) Les Enfants du paradis: Qui est Scapin?

Christian Michaud: Scapin est ce fourbe, insouciant, qui prend plaisir à manipuler les gens de son entourage par toutes sortes de stratagèmes plus originaux les uns que les autres. Il le fait soit pour venir en aide à d’autres, soit pour se venger (pensons à la fameuse scène du sac avec Géronte), ou tout simplement pour s’amuser. Il a ce don de réfléchir à la vitesse de la lumière et agit souvent par instinct, se servant de ce que l’autre personnage lui tend pour le berner quelques secondes plus tard.

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« Laisse-moi faire, la machine est trouvée. Je cherche seulement dans ma tête
un homme qui nous soit affidé, pour jouer un personnage dont j'ai besoin.
Attends. Tiens-toi un peu. Enfonce ton bonnet en méchant garçon.
Campe-toi sur un pied. Mets la main au côté. Fais les yeux furibonds.
Marche un peu en roi de théâtre. Voilà qui est bien.
Suis-moi. J'ai des secrets pour déguiser ton visage et ta voix. »
Scapin (à Sylvestre) dans Les Fourberies de Scapin
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2) Les Enfants du paradis: Comment voyez-vous le personnage de Scapin?

Christian Michaud: Pour moi Scapin est celui qui a une confiance en lui à 100%, rien ne l’arrête, il trouve solution à tout. Une si grande confiance en soi n’est pas que positive, cela implique aussi arrogance, prétention et solitude. Lorsqu’il dit: « J’ai sans doute reçu du ciel un génie assez beau pour toutes les fabriques de ces gentillesses d’esprit, de ces galanteries ingénieuses, à qui le vulgaire ignorant donne le nom de fourberies. » On voit assez bien toute sa prétention, il est très conscient de ce qu’il est et de ce dont il est capable. Un personnage à des kilomètres de moi… Haha !

3) Les Enfants du paradis: Comment vous êtes-vous préparé à jouer Scapin?

Christian Michaud: À la première lecture de cette pièce, que je ne connaissais pas vraiment, j’ai tout de suite vu la difficulté d’interpréter un tel rôle. Chacune de ses répliques est truffée d’un deuxième sens, il est constamment entrain d’amener l’autre à réfléchir, ce qui implique qu’il ne dit jamais ce qu’il joue, c’est tout le contraire.

Je me suis amusé à imaginer Scapin comme un chat, dans son regard et dans sa façon de bouger. Quand je regarde un chat, j’ai toujours l’impression qu’il a compris quelque chose que moi je n’ai pas compris, un peu comme Scapin.

Du côté technique, j’ai commencé à apprendre mon texte très tôt, parce qu’il y a BEAUCOUP de mots et pas les plus faciles à prononcer, croyez-moi… Haha ! J’avais envie d’arriver dès le début des répétitions et de savoir le texte sur le bout de mes doigts afin de tomber tout de suite dans la chair du personnage et non seulement dans sa tête. Bref, c’est un beau gros défi à relever et tout un honneur que le metteur en scène Jacques Leblanc me fait en me confiant ce rôle qu’il a lui-même interprété il y a une vingtaine d’années avec un immense succès.

Apprenez en plus sur ce spectacle en visitant le site web de la Bordée ici.

Bon théâtre et bonne danse !

10 janvier 2015

Le Dîner de cons: plaisir partagé

La Salle Albert-Rousseau propose pour un soir encore la comédie Le Dîner de cons de Francis Weber. Une pièce française mitonnée au goût des Québécois. Succès assuré?

Une critique en version courte de Robert Boisclair

De gauche à droite: André Robitaille, Antoine Durand, Jean-Pierre Chartrand et Marcel Leboeuf

À chaque semaine, un groupe d'amis invite chacun un con à souper dans le but évident de s'en moquer. Celui qui invite le con le plus spectaculaire est déclaré vainqueur. Pierre Brochant (André Robitaille) a déniché un con de première classe, François Pignon (Marcel Leboeuf) un passionné de maquettes en allumettes qui est aussi, à temps plein, un déclencheur de catastrophes. La soirée de Pierre Brochant ne sera donc pas de tout repos.

Reprendre en version théâtrale Le Dîner de cons popularisé au cinéma avec Thierry Lhermitte et Jacques Villeret n'est pas une mince affaire. Le choix des comédiens pour l'ensemble de la distribution et l'ajout d'une certaine québécitude, parfois même très locale, permettent à cette production d'offrir une comédie savoureuse. Si les rires mettent un peu de temps à prendre leur envol, probablement parce que de nombreuses répliques sont cultes, le plaisir de voir évoluer les comédiens est certain.

Le meilleur moment est celui mettant en vedette les comédiens Marcel Leboeuf, André Robitaille, Jean-Pierre Chartrand et Antoine Durand. L'excellente chimie entre ce quatuor agrémentée de mimiques et de quiproquos savoureux est un pur délice. On en redemande! Une production à voir malgré quelques défauts bien mineurs.

En représentation à la Salle Albert-Rousseau ce soir et au Cégep Lévis-Lauzon le 20 février. Avec Marcel Leboeuf, André Robitaille, Myriam Leblanc, Geneviève Rochette, Jean-Pierre Chartrand et Antoine Durand. Une mise en scène de Normand Chouinard. Un texte de Francis Weber.

Apprenez en plus en écoutant cet extrait du spectacle en répétition.



Bon théâtre et bonne danse !

8 janvier 2015

Trois questions à... Hélène Ducharme

Trois questions à... est une série qui permet de découvrir, en trois questions, des spectacles d'artistes et d'artisans du théâtre et de la danse qui aiment leur métier et le pratique au quotidien.

Par Robert Boisclair

Méphisto Méliès
Crédit photo: Robert Etcheverry

Hélène Ducharme est auteure, metteure en scène, comédienne et marionnettiste. Auteure en résidence pour le Théâtre Motus, elle a écrit, coécrit ou coadapté toutes les créations de la compagnie et mis en scène la majorité d’entre elles. À l'occasion de la présentation du spectacle Méphisto Méliès que présente le Périscope du 13 au 31 janvier, Les Enfants du paradis lui posent trois questions au sujet de cette production.

1) Les Enfants du paradis: Méphisto Méliès, est-ce une biographie ou un hommage à Méliès?

Hélène Ducharme: Je dirais que c’est plus un hommage à ce grand artiste que je voulais faire. Mais qui veut rendre hommage doit s’assurer de d’abord faire connaître. Donc je me suis inspirée de plusieurs faits historiques de ses biographie et filmographie qui me touchaient, je les ai mêlés à d’autres faits historiques de la même époque que Méliès et j’ai ainsi eu le désir de concocter une histoire à ma façon, inspirée de l’univers fantastique de cet homme.

Je veux rendre hommage à son génie créatif, à l’incroyable force de ses images et à son implication tant politique qu’artistique dans l’avancement de l’art cinématographique qui en était à ses premiers balbutiements. Je voudrais que les gens sortent du spectacle avec un peu de son enthousiasme créatif mais surtout qu’ils reconnaissent l’importance et l’apport indiscutable de cet homme au cinéma d’aujourd’hui.

2) Les Enfants du paradis: Pourquoi un spectacle de marionnettes et de comédiens pour cette figure dominante du cinéma français du début du 20e siècle?

Hélène Ducharme: Pour nous ouvrir des possibles! Les marionnettes nous donnent accès à tout un univers fantastique, de magie et d’illusions qui représente si bien celui de Méliès. Les procédés que nous utilisons tels les maquettes, le miniature qui côtoie le gigantesque, la vidéo intégrée au théâtre d’ombre nous permettent de jouer avec les perceptions des spectateurs. Tout le monde des « freak shows » est aussi très amusant à exploiter avec le mélange marionnettes et comédiens. Et Pierre Robitaille a un esthétique et un talent si remarquable avec les marionnettes que ce serait fou de se passer de cette poésie visuelle pour parler de ce si grand poète de l’image qu’était Méliès.

3) Les Enfants du paradis: Est-ce plus difficile d'écrire pour un personnage historique comme Georges Méliès que pour un personnage de fiction?

Hélène Ducharme: Je dirais : certainement que oui! En tant qu’auteure je devais d’abord maîtriser l’histoire réelle du personnage avant de pouvoir prendre en main l’histoire que je voulais raconter. J’ai mis un temps fou mais un plaisir tout aussi fou à parcourir les écrits, biographie comme filmographie et à visionner tous les documents d’archives contenu dans cette merveilleuse bibliothèque qu’est internet. Après avoir remplie des cahiers et des cahiers de notes et d’anecdotes, tranquillement mon propre Méliès m’est apparu… En fait c’est Méphisto Méliès qui m’est apparu en premier. J’ai donc passé par le personnage fétiche de Méliès pour comprendre et accéder à Méliès lui-même. Puis m’est apparu l’autre histoire, celle de Nikolaï Kobelkoff et de sa fille qui avait mon nom : Helena. Je crois que je n’ai jamais autant travaillé sur un texte de ma vie mais ce fut un très beau processus. J’avoue aussi qu’il y avait une certaine pression sociale dans ce long cheminement, car même s’il n’y a pas tant de personnes qui savent qui est Méliès, ceux qui le connaissent, le connaissent très bien et maîtrisent l’histoire qui l’entoure. Je ne voulais pas les décevoir eux non plus!

En parallèle à l’écriture évidemment se dressait tranquillement toutes les images qui faisaient partie de la mise en scène et ce processus est aussi très complexe mais je le connaissais un peu plus car il appartient à mon écriture depuis les tous débuts. Toutefois la co-mise en scène d’un texte que j’ai écrit demandait une grande coopération et un grand respect de part et d’autre des créateurs et j’ai eu la chance de trouver cet alter ego en Pierre.

Apprenez en plus sur ce spectacle en visitant le site web du Périscope ici.

Bon théâtre et bonne danse!

5 janvier 2015

Bonheur, magie et incontournables!

Le bonheur dans la république, la magie du cinéma et les incontournables de l'équipe de chroniqueurs des Enfants meubleront une fort agréable heure théâtrale dès 17h 30 ce soir à CKRL-MF.  Ne manquez pas ça!

Par Robert Boisclair

Dans la république du bonheur
Crédit photo: Hélène Bouffard et Stéphane Bourgeois

L'émission débute en compagnie de Lise Castonguay et Normand Bissonnette qui viennent nous parler de la pièce Dans la république du bonheur de Martin Crimp, que présente Le Trident du 13 janvier au 7 février.

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« Je crois que tu as oublié à quel point tu es vraiment heureux.
Tu veux quoi ? Qu'est-ce que tu n'as pas ? »
Extrait de la pièce Dans la république du bonheur
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Dans la république du bonheur
Le Trident
Du 13 janvier au 7 février

Méphisto Méliès
Crédit photo: Robert Etcheverry

Pierre Robitaille et Patrick Ouellet occuperont les sièges des invités au deuxième bloc. Ils sont du spectacle Méphisto Méliès que présente le Périscope dès le 13 janvier. Magie du cinéma, marionnettes et pure folie sont les ingrédients de base de ce spectacle inspiré de l'univers du cinéaste Georges Méliès.

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« Regarde! Je l'ai observé maintes fois à l'usine de mon père.
Si j'arrive à lui donner un mouvement similaire à celui de la machine à coudre,
nous pourrons filmer et projeter les images! »
Le personnage de Méliès dans Méphisto Méliès
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Méphisto Méliès
Périscope
Du 13 au 31 janvier


La chatte sur un toit brûlant à la Bordée

Le troisième bloc sera entièrement consacré aux incontournables de l'équipe des Enfants. Toute l'équipe vous fera connaître ses choix de prédilections pour la demi-saison qui s'amorce dès la semaine prochaine. Des discussions très intéressantes au menu.

En primeur
Les choix de Robert Boisclair
Les choix de David Lefebvre

Bon théâtre et bonne danse !