25 janvier 2017

Attentat: audacieuse tentative

Elles ont une belle audace les soeurs Côté avec ce happening poético-théâtral! Elles revendiquent haut la main et avec panache dans un spectacle qui vaut amplement le déplacement un soir de tempête.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Il est bien difficile de résumer ce happening poético-théâtral qu'est Attentat. Disons simplement qu'il s'agit d'une fête poétique où le verbe est déclamé de moult manières. Dans le ton comme dans le geste. Attentat célèbre le mot juste et bien utilisé, le pays que nous n'avons pas, le bonheur d'être Québécois. Attentat conteste beaucoup aussi. Il revendique, exige et crache son venin par moments. Tout ça dans une ambiance festive et rassembleuse. Et c'est peut-être là, la clef de son succès.

Nous avons soif.
Soif de flots de lumière, d'immensités humides, de poésie mouillée.
Soif d'amités profondes et de baisers furieux.
Evelyne de la Chenelière

Des revendications qui font rêver
Des revendications il y en a à la pelle. Toutes enrobées dans une magnifique langue poétique savamment choisie. Si le nombre d'auteur sélectionné est important, les textes ne s'en imbriquent pas moins merveilleusement bien. Tout coule magnifiquement.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Ces cris du coeur font rêver. Rêver à un monde meilleur. Plus conciliant. Plus juste. Moins à droite. Plus à gauche. Ils font rêver à un Québec renouvelé. Pas différent, mais qui ressemble plus à cette jeunesse qui s'exprime sur scène. Une jeunesse qui a soif de changements. Qui se sent abandonné. Ignoré. Des cris du coeur qui rejoignent les jeunes générations. Pour les autres, c'est un brin de nostalgie. Des revendications qui furent les siennes autrefois, mais qui sont maintenant derrière eux. Mais c'est également une lueur d'espoir que les plus jeunes réussiront.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Un spectacle engagé, certes. Mais un spectacle happening. Moment privilégié de rencontre avec une joyeuse bande qui s'offre le plaisir, et fait le nôtre également, d'un spectacle complètement éclaté aux airs de fête. De grandes retrouvailles. Comme ces rares moments où la foule ne fait qu'une à la Saint-Jean. Ou chaque individu n'est plus Louise ou Paul mais le Québec. Rare moment de vivre ensemble et de grande fierté québécoise. Hier soir, c'est ce que j'ai ressenti. Une grande fierté d'être un membre de cette belle famille que nous dépeignaient les soeurs Côté.

Certains ont reproché le petit caricatural de l'identité présenté à cette occasion. Je ne suis pas d'accord. La nordicité fait partie de notre ADN. Notre petit côté caribou, on ne peut le nier. Et malgré tout ça, notre modernité ressort bien dans ce spectacle. Elle est là. Bien présente. Dans l'ambiance. Dans l'interaction avec le public. Dans l'approche du spectacle.

Un beau moment de théâtre
Attentat, c'est l'occasion de découvrir la poésie. Bien loin de l'image barbante qu'on y associe trop souvent. Un moment délectable où les mots prennent tout leur sens et séduisent. Le texte se perd parfois sur un écran géant en fond de scène qu'on a pas toujours le temps, ou la possibilité, de lire. Les mots livrés par la merveilleuse voix de Mykalle Bielinski se perdent également parfois. Mais ce ne sont que bien peu de choses au regard de ce beau moment de théâtre que propose les soeurs Côté.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Un spectacle à découvrir. Soir de tempête ou pas. Vous y découvrirez un Québec lumineux, chaleureux, tout en tendresse et en amour. Une belle soirée en perspective, non?

Vous voulez en savoir plus? Écoutez notre interview avec Gabrielle Côté au début de l'émission du 16 janvier.

À l'affiche du Périscope jusqu'au 4 février. Avec Alex Bergeron, Mykalle Bielinski, Catherine-Amélie Côté, Gabrielle Côté (ou Claudiane Ruelland), Véronique Côté, Steve Gagnon (ou Guillaume Perreault), Alexandrine Warren. Une idée originale et une mise en scène de Gabrielle et Véronique Côté.

Bon théâtre et bonne danse !

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